«Elle n’a pas eu la vie qu’elle méritait.» de cette maxime consolante, la vie de Hadda ELMAHJOUBIA semble une illustration ad hoc. Elle ne méritait pas, certes, cette enfance de bergère, cette famille innombrable, ce premier mari plus âgé et tyrannique ni cette maladie de diabète et quoi de plus injuste que cette fin prématurée ?Hadda est né à Taltgamout en 1948. Elle émigre à Aghbalou à l'âge de 5 ans. Après une enfance de bergère de toute race de bêtes domestiques, en possession de son père, elle s’est fait mariée par ce dernier à un homme, plus âgé qu’elle, en 1962.
Passionnée depuis son plus jeune âge par l’artisanat, elle fabriquait toute sorte de couvertures de tapis et de djellaba à base de laine de moutons, en particulier la djellaba « bziuia ». Elevée dans une grande famille de fellahs, elle maîtrisait la préparation de toute sorte de repas destinés à être pris en collectif, à savoir le couscous, le tajine, le ftat* ou le trid*, la tchicha*, herrber*, tarkhcha* …
Issue de cette famille et marié dans une autre aussi grande, elle avait fait alors le dur apprentissage de grossesse et d’éducation des ses deux enfants auxquels elle avait donné naissance après plusieurs fausses couches.
Son évolution permanente parmi un grand nombre de personnes a fait d’elle une brave femme possédant une sensibilité que tout le monde appréciait, elle savait écouter, organiser la parole et, d'une phrase, faire tout un poème, ses gestes étaient sensuels tout autant que sa façon de parler l'était, sa voix était douce jamais rocailleuse.
Elle était une belle femme, pas mince mais de forme physique de sportive, La moindre petite lumière éclairait son doux visage, Elle avait une taille moyenne, ni grande ni courte. Ses cheveux étaient longs constamment tressés et de la couleur de ses yeux noirs mais sa peau était blanche bronzée en permanence confirmant sa bonne mine au réveil comme au sommeil. Ses mains étaient tendres malgré le travail domestique sans répit. Ses mollets, si ils étaient des vivres, ils seraient deux moules, de sucre pur et blanc, renversés. C'était une personne intelligente et sympathique. Elle était généreuse amoureuse de sa famille et de grande fierté de son origine, sa situation, sa personne et ses valeurs. Elle ne faisait pas de sport mais tous les mouvements sportifs faisaient partie de ses travaux quotidiens ; elle était plutôt calme et sérieuse.
Une fois son premier mari décédé, elle suivit le conseil de son père pour se remarier un autre homme galant, très généreux, très compréhensif et bien cultivé en comparaison avec ses semblables de l’époque. Il était un ancien combattant faisant partie des Marocains engagés dans l’armée française affectés à l’indochine. Avec lui, elle s’est épanouie en comblant, parfois, certaines lacunes et manques d’engagement chez ce doux mari qui était satisfait de sa pension de laquelle il voulait jouir en vivant bien ses moments sans entreprendre de projets. Elle avait le sens d’entrepreneuse et se lançait dans tout projet d’agriculture d’élevage et d’achat de propriétés agricoles. Après chaque entreprise, elle lui confirmait qu’elle méritait sa confiance : C’était un couple formidable faisant de leur petite famille un vrai nid d’amour de solidarité et de compréhension inédits. Ce climat favorable du foyer était de grande importance pour faire grandir leurs enfants tout en se forgeant des personnalités équilibrées. Ses filles avaient hérité de leur mère Hadda, en plus de la beauté physique, toutes les bonnes qualités de sérieux de défit, de bravoure et de respect des valeurs bien transmises depuis des siècles d’ascendants aux descendants. Ses garçons, respectés par tous les membres de leur bourg, ne manquaient, non plus, de bonnes qualités de sociabilité, de solidarité et de générosité envers les démunis de leurs entourages. Ils avaient été élevés pour être parmi ceux qui donnaient plus qu’ils en recevaient aussi bien à leur famille et leurs semblables qu’à leur patrie.
C’était en 1990 que l’aîné (de son premier mari) de cette malchanceuse femme s’est bouleversé par un chauffard travaillant au Centre d’Energie Atomique en France sur le trottoir d’un boulevard de Paris 21. Elevé pour être le meilleur de sa génération, il était membre dans une cellule de recherche au Centre National de Recherche Scientifique après des études brillantes en mathématiques et Techniques. Après un coma de 25 jours il s’est trouvé handicapé pour le reste de sa vie. Accueilli, à l’aéroport Mohamed V, sur une chaise roulante par sa mère et tous ses membres de sa famille, c’était la pauvre Hadda qui allait encaisser en devenant diabétique à cause de ce drame qui l’a frappé et qui as déstabilisé tous les petits frères et sœurs. C’est Hadda qui reprendrait son éducation et qui l’aiderait à faire ses besoins primaires. Elle avait oublié sa santé en s’occupant de son aîné presque paralysé.
En découvrant sa propre diabète, elle n’était pas disciplinée, non plus ; elle n’était pas sans faille ; forte de ses principes de courage et de défit, elle pensait vaincre la maladie psychiquement, c’était son erreur la plus destructrice, elle ne prenait pas régulièrement ses comprimés et ne suivait pas de régime rigoureux malgré l’incitation des médecins et des ses enfants. La situation s’était encore aggravée aussi bien par les départs des grands fils et filles pour le travail dans des villes du Maroc ou à l’étranger que par la maladie d’Alzheimer qui a frappé le doux père qui commence à se comporter comme un enfant de trois ans. Hadda devait, alors se prendre en charge tout en prenant en charge son aîné et son époux. A côté de tout cela, elle ne cessait de penser au bien être de sa progéniture dispersée à tord et à travers. Soucieuse, elle ne lâchait pas prise ; elle voulait que ces fils soient mariés de bonne femmes et que ses filles le soient de bon époux.
Un jour sombre, les analyses ont montré que la créatinine faisait 34 mg/l dans son sang ; c’était un début d’insuffisance rénale irréversible. Quelques mois après, la situation s’était aggravée malgré les régimes sévères et toute la pharmacie à sa maison. Elle en avait marre des médicaments et des conseils émanant, sans répit, de ses membres de famille, elle ne voulait plus en prendre. Elle disait qu’elle en avait assez.
Un dimanche, encore plus sombre, une hyperglycémie accompagnée d’une hypertension ont fait éclater des capillaires dans son cerveau. Pendant 12 heures, elle se trouvait en réanimation cardio-respiratoire à l’Hôpital Souissi à Rabat. Toute sa grande famille attendait un miracle pour qu’elle revienne normale, mais le destin fût plus fort et plus violent ; les derniers souffles se sont arrêtés la nuit de ce noir lundi 11 décembre 2006.
Voici, donc, le portrait de Hadda la formidable, la merveilleuse et l’exemplaire mère Marocaine.
Que Dieu ait son âme dans sa sainte miséricorde.
Nous sommes à Dieu et c’est à lui que nous retournons.
(*) Repas à base de céréales
Mes Sincères Remerciements pour la visite!!
N'hésitez pas de lachez vos coms!!!
oui , bravo et c vrais Le premier pas vaut 1000 pas !
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Toute une vie résumée en ces quelques lignes. Je crois que chacun de nous peut reconnaître un ou plusieurs aspects de ce portrait dans notre entourage.
A bientôt.